Il ne m'a jamais rien demandé
Présentation de l'ouvrage
« Il ne m’a jamais rien demandé. Jamais. Je me suis repassé nos conversations une à une, et c’était vrai, littéralement, absolument vrai : il ne m’avait jamais rien demandé. »
- Genre
- 3445 — Romans et nouvelles de genre / 3447 — Romans d'espionnage / 3459 — Romans d'amour, romans sentimentaux / 3508 — Romans régionaux, Terroir / F — Fiction / romans / FR — Roman sentimental / Romance / FRV — Roamnce sombre / « Dark romance »
- Lectorat
- Adulte
Pourquoi lire ce livre
Genève, septembre. Sumire Katagiri, vingt-cinq ans, arrive du Japon pour traduire au Palais des Nations. Elle est brillante, méthodique et parfaitement seule : depuis l’adolescence, les hommes lui parlent en regardant ailleurs, et elle a fini par considérer sa beauté comme un handicap professionnel. Un jeudi d’automne, à la sortie d’une réunion où elle a interprété à voix basse le témoignage d’une survivante coréenne, un inconnu l’aborde. Il ne lui parle ni de son visage, ni d’elle : il lui parle d’un mot qu’elle a choisi, et d’un autre qu’elle a sacrifié. Seo Jae-hoon, quarante ans, dirige un petit centre de plaidoyer sur la justice transitionnelle. Il ne lui propose pas de la revoir. C’est elle qui, trois semaines plus tard, franchit la distance.
Suit un mois d’entente parfaite, intellectuelle autant que charnelle, comme elle n’en espérait plus. Puis le glissement — si lent qu’elle en tient elle-même la chronique sans le voir. Il n’exige rien : il corrige. Son français d’abord, puis ses souvenirs, puis sa lecture d’elle-même. Entre eux se dresse l’histoire : 1910, 1945, le travail forcé, et une petite fonderie familiale du Kansai qui figure aujourd’hui parmi les entreprises défenderesses des procédures coréennes. Ce que Sumire croit devoir à l’histoire, elle finira par le devoir à lui. Pendant ce temps, dans les couloirs feutrés de la Genève internationale, des positions de négociation japonaises commencent à circuler, formulées avec ses mots à elle.
Dark romance et roman d’espionnage feutré, Il ne m’a jamais rien demandé raconte une emprise sans coup ni cri, obtenue par la seule autorité de la parole, dans la ville la plus internationale du monde — celle où chacun est étranger et où personne ne s’étonne qu’une jeune femme cesse peu à peu de voir ses amis. Porté par une narratrice d’une lucidité redoutable et pourtant incapable de s’en servir pour se sauver, le roman avance jusqu’à une dernière phrase que son héroïne refuse de traduire.
Points abordés
- Emprise et contrôle coercitif : une domination sans violence spectaculaire, obtenue par la correction, la nomination et le retrait progressif du monde
- Traduction et pouvoir : celui qui choisit les mots possède la chose — le métier de l’héroïne comme métaphore et comme mécanique
- Mémoire coloniale entre le Japon et la Corée : 1910-1945, le travail forcé, et les querelles de vocabulaire qui font encore la diplomatie d’aujourd’hui
- Culpabilité héritée : ce qu’une famille lègue sans jamais le dire, et l’usage qu’un autre peut en faire
- Genève internationale : une ville d’ordre et de discrétion, où l’isolement social ne se remarque pas
- Plaidoyer, diplomatie et renseignement : le militantisme financé, et l’information qui circule sans que personne ait rien demandé
Extrait
« Il n’a pas commencé par mon visage. Il n’a pas commencé par moi. Il a dit :
— Vous avez traduit 강제동원 par 徴用.
Je n’ai rien répondu. Non par froideur : parce que c’était la première fois en trois semaines à Genève que quelqu’un me parlait de mon travail.
— C’est défendable, a-t-il dit. C’est même le terme du texte de 1944. Vous avez seulement retiré le mot qui dit qu’ils ne voulaient pas partir. […]
Je me suis dit, en regardant le parking : personne n’écoute comme ça sans raison. Et j’ai décidé que la raison était que j’étais intéressante. »
